Devenez Freelance

Le guide complet · 03

Tarifs, charges et revenus du freelance : tout comprendre

Pourquoi un TJM élevé fond après charges, frais et jours non facturés. Le guide pour passer du chiffre d’affaires au revenu réellement gardé.

Devenez Freelance

Quand j’ai démarré comme indépendant en 2016, j’ai commis l’erreur classique : confondre ce que je facturais avec ce que je gagnais. La première fois que j’ai vu un baromètre annoncer un tarif journalier moyen flatteur, j’ai cru que j’allais vivre confortablement. La réalité a été plus sobre : entre les cotisations, les frais, les jours sans mission et l’impôt, une part importante de chaque facture ne m’appartenait pas.

Ce guide pilier vous donne la grille de lecture que j’aurais aimé avoir : comment passer du chiffre d’affaires au revenu réellement gardé, ce que pèsent les charges selon votre statut, comment la TVA et l’impôt entrent dans l’équation, et comment fixer un tarif qui tient debout. Les chiffres réglementaires cités sont ceux de 2026 ; ils sont susceptibles d’évoluer, généralement au 1er janvier.

Chiffre d’affaires brut et revenu net : la distinction qui change tout

C’est le point de départ de toute réflexion sérieuse sur ses tarifs. Le chiffre d’affaires (CA) est la somme de tout ce que vous facturez et encaissez. Le revenu net, c’est ce qu’il vous reste pour vivre une fois retirés les cotisations sociales, les frais professionnels et l’impôt.

Un tarif journalier qui semble élevé fond beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine, pour trois raisons cumulées.

  • Les cotisations sociales prélèvent une part directe de chaque encaissement.
  • Les frais professionnels (matériel, logiciels, assurance, déplacements, comptable, formation) sortent de votre poche.
  • Les jours non facturés sont nombreux : prospection, administratif, congés, maladie, intercontrats. Une année ne compte pas 365 jours travaillés, mais plutôt 200 à 220 jours réellement facturables.

Retenez une règle de pouce : pour viser un certain revenu net, votre tarif journalier doit valoir environ deux fois ce net rapporté à la journée. Ce coefficient absorbe les charges, les frais et les jours creux. La méthode détaillée, chiffres à l’appui, est expliquée dans calculer son TJM.

Le poids des charges selon le statut

Le statut juridique détermine combien vous reverse l’État sur ce que vous gagnez. Voici les trois grandes familles, telles qu’elles se présentent en 2026.

Micro-entreprise : un prélèvement simple sur le CA

En micro, les cotisations sociales se calculent directement sur le chiffre d’affaires encaissé, pas sur le bénéfice. Les taux 2026 :

ActivitéCotisations 2026
Vente de marchandises (BIC)12,3 %
Prestations de services (BIC)21,2 %
Professions libérales non réglementées (BNC)environ 25,6 %
Professions libérales CIPAV23,2 %

Simple à piloter, mais avec une limite structurelle : vous payez des cotisations même si vos frais sont élevés, puisque le calcul ignore vos dépenses réelles. La micro reste imbattable tant que vos frais sont faibles. Tout est détaillé dans le guide de la micro-entreprise.

TNS (EI au réel, EURL) : des charges sur le revenu net

Au régime réel en entreprise individuelle ou en gérance d’EURL, vous relevez du statut de travailleur non salarié (TNS). Les cotisations tournent autour de 45 % du revenu net (le bénéfice que vous vous versez), avec un minimum dû même sans rémunération en EURL. En contrepartie, vos frais réels sont déductibles, ce que la micro ne permet pas.

Assimilé salarié (SASU) : protection renforcée, coût social élevé

Le président de SASU est assimilé salarié : les charges sur sa rémunération avoisinent 75 à 80 % du net versé. C’est lourd, mais cela offre la meilleure protection sociale (hors assurance chômage). Atout notable : aucune cotisation n’est due s’il n’y a pas de rémunération, et les dividendes ne supportent pas de cotisations sociales, seulement la flat tax de 30 %.

Le choix de statut a donc un effet direct sur votre revenu net à chiffre d’affaires égal. Pour arbitrer en fonction de votre situation, voyez comment choisir son statut et la comparaison SASU ou EURL.

TVA et facturation : ce que change le seuil de franchise

Tant que votre chiffre d’affaires reste sous le seuil de franchise en base de TVA, vous facturez sans TVA. Vos clients particuliers paient donc moins cher, et vous gagnez en simplicité administrative. Les seuils 2026 :

ActivitéSeuil de baseSeuil majoré
Vente / hébergement85 000 €93 500 €
Prestations de services37 500 €41 250 €

Sous le seuil de base, vos factures portent la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Dépasser le seuil majoré vous rend redevable de la TVA dès le 1er jour du mois de dépassement.

Attention : la franchise de TVA et les plafonds de la micro-entreprise (203 100 € pour la vente, 83 600 € pour les services en 2026) sont deux choses différentes. On peut très bien rester sous le plafond micro tout en devenant redevable de la TVA. Le détail figure dans le guide de la micro-entreprise.

Côté facturation, quel que soit le statut, soignez les mentions obligatoires (identité, SIRET, date, numérotation continue, désignation, conditions de paiement). C’est aussi un sujet de gestion d’activité.

L’impôt sur le revenu : deux logiques en micro

En micro-entreprise, l’imposition de vos bénéfices peut suivre deux chemins.

  • Le régime micro-fiscal classique : l’administration applique un abattement forfaitaire (50 % pour les services BIC, 34 % pour les libéraux BNC, 71 % pour la vente, avec un minimum de 305 €), et le reste s’ajoute aux revenus du foyer, soumis au barème progressif. Aucun frais réel n’est déductible en plus.
  • Le versement libératoire : vous payez l’impôt au fil de l’eau, en pourcentage du CA (1 % pour la vente, 1,7 % pour les services BIC, 2,2 % pour les libéraux BNC), en plus des cotisations. Il n’est ouvert que si votre revenu fiscal de référence N-2 par part ne dépasse pas environ 29 315 €, et n’est avantageux que si votre foyer est réellement imposable.

Le bon choix dépend entièrement de votre situation familiale et fiscale : un foyer non imposable a tout intérêt à éviter le versement libératoire, qui ferait payer un impôt là où il n’y en aurait pas.

Comment fixer ses tarifs : TJM ou forfait

Deux façons de vendre votre travail coexistent.

  • Le tarif journalier moyen (TJM) facture le temps passé. C’est lisible, rassurant pour des missions au long cours, et c’est la base de tout calcul de rentabilité.
  • Le forfait facture un résultat livré, indépendamment des heures. Plus rentable si vous êtes efficace, plus risqué si vous sous-estimez l’ampleur du travail.

En pratique, on calcule d’abord son TJM cible, puis on construit ses forfaits par-dessus. C’est pour cela que la maîtrise du TJM est centrale : la méthode complète, avec un exemple chiffré, est détaillée dans calculer son TJM.

Fourchettes indicatives par métier

Voici des ordres de grandeur issus des baromètres de marché 2026 (études privées type Malt, Jobbers). À lire avec prudence : ils reflètent surtout des profils tech et expérimentés, ne sont pas des garanties, et un débutant facture généralement nettement moins.

MétierTJM indicatif
Développeurenviron 576 €/j (450 à 750 selon séniorité)
Dataenviron 667 €/j
Consultant marketingenviron 500 à 700 €/j
Rédacteur / Community managerenviron 410 à 438 €/j
Graphiste / Designerenviron 429 €/j
Moyenne France (tous métiers)environ 478 €/j

Ne calez pas votre tarif sur ces moyennes en début d’activité. Elles décrivent un marché de seniors visibles sur les plateformes, pas votre point de départ. Votre TJM doit d’abord couvrir vos charges et votre revenu cible ; il montera avec votre expérience et vos références.

Se constituer une trésorerie de sécurité

C’est l’habitude qui m’a le plus apporté de sérénité. Les revenus d’un indépendant sont irréguliers : un mois plein peut succéder à un mois creux, un client peut payer en retard, et les régularisations de cotisations ou d’impôt tombent parfois au mauvais moment.

Visez un matelas de trois à six mois de charges courantes sur un compte dédié. Mettez-y systématiquement de côté la part « charges + impôt » de chaque facture, dès l’encaissement, pour ne jamais vous retrouver à devoir de l’argent que vous avez déjà dépensé. La mécanique de provisionnement fait partie d’une bonne gestion d’activité.

L’essentiel à retenir

Un freelance ne vit pas de son chiffre d’affaires, mais de ce qu’il en garde. Le tarif se construit à l’envers : on part du revenu net visé, on remonte vers les charges et les frais, puis on divise par les jours réellement facturables. Le statut module fortement le résultat, la TVA et l’impôt s’ajoutent au tableau, et une trésorerie de sécurité transforme l’incertitude en confort.

La prochaine étape concrète est de poser vos propres chiffres : direction calculer son TJM pour la méthode pas à pas.

Devenez Freelance · à jour 2026

Questions fréquentes

Quelle différence entre chiffre d’affaires et revenu net en freelance ?

Le chiffre d’affaires est tout ce que vous facturez et encaissez. Le revenu net est ce qu’il reste pour vous une fois retranchés les cotisations sociales, les frais professionnels et l’impôt. En micro-service, comptez grossièrement qu’il en reste un peu plus de la moitié ; au régime réel (EURL, SASU), le calcul dépend de votre rémunération et de vos charges déductibles.

Combien représentent les cotisations sociales en micro-entreprise ?

En 2026, elles sont prélevées sur le chiffre d’affaires encaissé : 21,2 % pour les prestations de services BIC, environ 25,6 % pour les professions libérales non réglementées (BNC), 23,2 % pour les libéraux affiliés à la CIPAV et 12,3 % pour la vente de marchandises. Ces taux couvrent toute la protection sociale obligatoire.

Un freelance débutant gagne-t-il autant que les moyennes des baromètres ?

Non, presque jamais au début. Les TJM publiés par les baromètres reflètent surtout des profils tech et expérimentés, et ne tiennent pas compte des jours non facturés. Un débutant facture souvent moins, travaille moins de jours et met du temps à remplir son agenda : il faut le prévoir dans sa trésorerie.

Faut-il facturer de la TVA quand on débute ?

Pas tant que vous restez sous le seuil de franchise en base : 37 500 € de chiffre d’affaires pour les prestations de services et 85 000 € pour la vente en 2026. En dessous, vous facturez sans TVA en mentionnant l’article 293 B du CGI. Au-delà du seuil majoré, la TVA s’applique.

Comment fixer son tarif : TJM ou forfait ?

Le tarif journalier moyen (TJM) sécurise les missions au temps passé et rend votre prix lisible. Le forfait, lui, valorise le résultat livré plutôt que les heures : il peut être plus rentable si vous êtes rapide, mais plus risqué si vous sous-estimez la charge. Beaucoup de freelances calculent d’abord leur TJM, puis bâtissent leurs forfaits dessus.

Quelle trésorerie de sécurité prévoir en freelance ?

Un matelas de trois à six mois de charges courantes est un repère prudent. Il absorbe les trous d’agenda, les retards de paiement et les régularisations d’impôt ou de cotisations. C’est ce coussin qui distingue une activité sereine d’une activité sous tension permanente.

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